La sortie, s’il-vous-plaît ? (2)

Tocqueville imaginait un « gouvernement prévoyant et doux qui fixerait les humains dans l’enfance » et qui les isolerait les uns des autres. Je le crois tout à fait aujourd’hui. La société de consommation nous offre tout et surtout le plaisir … à condition de nous plier à elle, de lui abandonner ce qui fait de nous des humains.

J’en vois les signes très nets dans nos machines quotidiennes :

  • La machine à pain, la machine à café, la tireuse à bière individuelle : des inventions très pratiques et qui, parce qu’elle se répandent, tuent petit à petit les lieux de retrouvailles quotidiennes, boulangeries et cafés.

  • La voiture, si confortable, nous éloigne elle aussi les uns des autres, nous entourant d’une tonne d’acier, nous propulsant trop vite pour voir les yeux de celles et ceux que nous croisons.

  • Les piscines individuelles, de plus en plus nombreuses, feraient-elles oublier les lieux de jeux publiques que sont les piscines municipales ?

  • Très souvent décriée mais finalement encore très présente (96% des foyers français la possèdent), la télévision est finalement l’objet d’isolement le plus commun, ce qui éloigne à mon sens le plus de la vie concrète de la communauté.

  • Les téléphones portables et les jeux vidéos, trop souvent, nous coupent de la situation réelle, du temps présent, des personnes autour de nous.

Je pourrais également parler des règles minutieuses mises en place par notre société, de la disparition progressive des humains dans les usines, les administrations, les supermarchés, les services publiques.

Pourquoi toutes ces inventions et ces tendances lourdes posent-elles un problème si grave à mes yeux ? Pourquoi puis-je les penser comme les outils majeurs des difficultés actuelles à nous éveiller et à changer de mode de vie ?

C’est que, toutes, elles contournent la plus grande loi des humains. Cette loi, psychique, spirituelle, est toute simple : nous avons besoin d’être en relation pour vivre, pour être heureux !* Notre bonheur est directement lié à nos relations, à leur qualité. L’enfer, pour un être humain, c’est l’isolement. Un être humain isolé perd sa confiance en lui, sa volonté d’entreprendre, sa joie, sa santé.

Et c’est là que je vois la sortie ; j’inverse la phrase précédente et elle me donne le fil conducteur du collectif : « Le bonheur, pour un être humain, c’est la relation. Un être humain qui a de bonnes relations prend confiance en lui, retrouve sa volonté d’entreprendre, sa joie, sa santé » ! J’ajoute que la relation, ce n’est pas forcément le « long fleuve tranquille » ; il peut y avoir des frictions, des difficultés mais le fait de savoir que l’on peut compter les uns sur les autres apportent la joie. Ainsi, les actions qui sont spontanément venues aux membres du collectif nous appellent à de meilleures relations (je n’en cite ici que quelques-unes) :

  • « Vélo en ville » : plus lents, plus à l’extérieur, nous nous verrons mieux, nous nous parlerons plus.

  • « Monnaie Locale Complémentaire » : acheter local, c’est redonner à l’argent sa place, son rôle de lien social ; qui ne préfèrerait pas donner son argent à quelqu’un à qui il peut serrer la main plutôt qu’à un actionnaire du bout du monde ?

  • « Incroyables comestibles » : c’est planter, arroser, récolter, se régaler ensemble, c’est revivre au rythme physique des saisons, c’est se parler le langage de la nourriture.

  • « Communication bienveillante » : c’est apprendre ou réapprendre enfin que le « langage du coeur » est nous mène assurément vers de meilleures relations, une meilleure santé, une communauté plus forte.

Voilà donc ce qui, d’après moi, peut rendre le changement désirable : notre bonheur est lié à nos relations. Rechercher le bonheur, c’est rechercher la bonne relation. Et si nous remplacions du temps d’écran par du temps d’amitié ? 

* Cette loi fondamentale, pour la comprendre, pour en prendre pleinement conscience, j’ai eu les lectures d’auteur-e-s formidables comme Marie Balmary, Françoise Dolto, Marshall Rosenberg et Céline Alvarez : tou-te-s ont témoigné de la nature fondamentalement sociale des humains et des miracles qui s’opèrent quand nous choisissons les relations plutôt que le confort. La plus longue étude jamais menée sur les humains a d’ailleurs révélé la même chose : à découvrir ici https://www.youtube.com/watch?v=q-7zAkwAOYg – en anglais, désolé. Une toute petite citation traduite : « Une bonne vie est basée sur de bonnes relations. »

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